Cette photo a été prise sur deux débuts de soirée de suite en attendant la nuit noire avant de passer sur d’autres objets moins brillants. On peut remarquer une petite tache floue à 7h, il s’agit d’une galaxie spirale, NGC 6207 !
Un amas presque aussi vieux que l’Univers
Le Grand Amas d’Hercule est un amas globulaire très brillant du ciel profond. Il est composé de plus de 100 000 étoiles et d’un diamètre d’environ 145 années-lumière. Il se situe aujourd’hui à environ 25 100 années-lumière du Soleil dans la constellation d’Hercule, d’où vient son nom. Difficile de lui donner un âge, mais selon les dernières estimations, il serait vieux d’environ 11,65 milliards d’années — parmi les plus vieux objets connus de notre galaxie. Cet amas est si dense et les étoiles si rapprochées, qu’il n’est pas rare qu’elles rentrent en collision entre elles. Cette collision crée alors une nouvelle étoile massive appelée traînarde bleue.
Cet amas a été découvert en 1714 par Edmond Halley. À cette époque, point de pollution lumineuse, Edmond Halley notait qu’il était visible à l’œil nu quand le ciel est clair et la Lune absente. Charles Messier a quant à lui intégré cet objet dans son catalogue en juin 1764. William Herschel a fait sa première observation le 22 août 1779, et en 1783 avec un télescope de sept pieds (ici, il s’agit de la longueur du télescope et non de l’ouverture, 7 pieds c’est environ un peu plus de 2 mètres), il a compté 227 étoiles. L’amas est également présent dans le catalogue NGC : NGC 6205.
Je ne résiste pas à l’envie d’écrire quelques mots sur le message d’Arecibo. Le 16 novembre 1974, nous, petits humains d’une planète perdue au milieu de nulle part, envoyons un message radio vers l’espace en direction de Messier 13 en utilisant le radiotélescope d’Arecibo. Le message va mettre environ 25 100 ans avant d’arriver à destination. Donc à l’heure où j’écris cet article, le message n’est pas très loin de la Terre, il lui reste environ 25 048 années avant d’arriver. C’est bien sûr à prendre comme une démonstration technique plus qu’un réel essai d’entrer en contact avec une civilisation extraterrestre.
Et derrière l’amas, des galaxies

Comme je disais en introduction, il y a une tache floue à 7h, c’est une galaxie spirale cataloguée NGC 6207 découverte par William Herschel en 1787. Très souvent les galaxies se regroupent en amas, celle-ci fait partie de l’exception puisqu’elle est toute seule et gravitationnellement isolée. On estime sa distance à environ 66,2 millions d’années-lumière soit environ 2 600 fois plus loin que notre amas d’Hercule. Quant à sa masse, elle est estimée à 6,2 milliards de masses solaires. Parmi les dernières observations récentes autour de cette galaxie, une supernova (l’implosion d’une étoile) y a été observée en septembre 2004. Un long papier scientifique y est dédié.
Mais ce n’est pas fini : en regardant plus loin, dans le coin en haut à droite de la photo, on découvre quatre autres galaxies, bien plus discrètes. IC 4617 se cache à mi-chemin entre M13 et NGC 6207, avec une magnitude de 16 : elle n’est visible qu’en pose longue. On estime sa distance à environ 553 millions d’années-lumière, soit environ huit fois plus loin que NGC 6207 ! Malgré son minuscule point sur la photo, elle mesure environ 115 000 années-lumière de diamètre, ce qui la rend légèrement plus grande que notre propre Voie lactée. Elle appartient à l’amas de galaxies Abell 2199, qui regroupe plus de 290 galaxies à environ 410 millions d’années-lumière, autour de la galaxie géante NGC 6166.
Quant à NGC 6196 et NGC 6197, accompagnées d’IC 4614 un peu plus loin, elles se trouvent juste à côté dans le champ et font très probablement partie du même amas Abell 2199, même si je n’ai pas trouvé de confirmation formelle pour ces trois-là précisément. Ce petit coin de ciel derrière M13 n’est donc pas qu’un simple fond étoilé : c’est un véritable amas de centaines de galaxies qui s’y cache, à des centaines de millions d’années-lumière de nous.
