À l’origine, cette photo devait être un bonus pour un autre article, mais le résultat est tellement chouette que j’ai décidé d’en faire un article à part entière. J’ai fait cette photo sans en attendre grand-chose, en début de soirée, le temps d’attendre la nuit complète pour un autre objet céleste. Le résultat est quand même fou pour moins d’une heure de pose au total. Encore une fois, le post-traitement fait sur ordinateur est bien plus puissant que l’appli du télescope.
Il y a pas mal de choses à dire sur cette photo tellement elle est riche en éléments.
Une spirale qui a mis 70 ans à se dévoiler
Commençons par la localiser dans le ciel du nord, dans la constellation des Chiens de Chasse. Elle est tout en haut de la constellation, à la limite de la queue de la casserole de la Grande Ourse.
Cette galaxie spirale très caractéristique a été découverte le 13 octobre 1773 par Charles Messier. Située à environ 27 millions d’années-lumière de notre planète, nous l’observons de face. En 1781, Pierre Méchain, ami de Charles Messier, découvre la galaxie qui accompagne M 51, désormais cataloguée NGC 5195. Mais ni Charles Messier, ni Pierre Méchain n’ont vu de spirale : il aura fallu attendre 1845 pour que William Parsons (dit Lord Rosse), riche astronome irlandais, puisse observer cette structure.
Revenons sur NGC 5195 (ou M 51B) : c’est une galaxie lenticulaire qui est en forte interaction gravitationnelle avec M 51, ce qui provoque sa déformation. Les astronomes et astrophysiciens pensent que cette galaxie serait arrivée par derrière (par rapport à notre point de vue) M 51, et l’aurait traversée il y a environ 550 millions d’années. Elle l’aurait de nouveau croisée il y a 50 millions d’années, pour finalement atteindre sa position actuelle. (Cet article sera probablement obsolète d’ici quelques millions d’années, car sa position aura encore changé !)
Aujourd’hui, l’astrophoto témoigne du caractère quasi parfait de cette galaxie spirale : on pense que cette forme vient de l’interaction de la galaxie avec sa compagne. C’est aujourd’hui une galaxie très vivante, animée par un trou noir supermassif actif en son centre ; on y observe des naissances d’étoiles, des supernovae et bien d’autres belles choses.
Les invités surprises

Mais si on regarde la photo dans le détail, il y a d’autres invités qui se cachent tout autour. J’ai fait passer l’image dans un logiciel de plate solving pour identifier tout ce petit monde : l’outil a repéré sept autres galaxies dans le champ.
La plus connue, c’est NGC 5198, une galaxie elliptique découverte par William Herschel en 1787, à environ 129 millions d’années-lumière, donc déjà cinq fois plus loin que notre Tourbillon. Elle forme en réalité un vrai petit groupe avec ses voisines NGC 5169 et NGC 5173 (elles partagent à peu près la même vitesse), contrairement à toutes les autres galaxies de la liste qui ne sont que des alignements du hasard, sans aucun lien entre elles. IC 4278, elle, se planque juste à côté de NGC 5195, à environ 240 millions d’années-lumière : encore une fois, rien à voir avec notre paire de galaxies en interaction.
En bas à gauche de la photo, on trouve aussi NGC 5229, vue par la tranche. Elle appartient au Groupe de M 51, qui compte une dizaine de membres dont M 51 elle-même, M 63 et NGC 5195, et se trouve à une distance comparable (25 à 30 millions d’années-lumière). C’est donc la seule vraie voisine de M 51 sur cette photo.
Pour les autres (IC 4263, IC 4284), je n’ai pas trouvé grand-chose à raconter, ce sont juste de petites galaxies perdues dans le fond du ciel. Ce qui est fou, c’est qu’avec du matériel grand public et à peine une heure de pose, on arrive quand même à capter tout ce monde-là en arrière-plan.
La galaxie dans un “gros” télescope
J’ai voulu en voir plus sur cette galaxie, donc j’ai profité de mon abonnement au service telescope.live pour récupérer un jeu de données brut sur M 51 et l’ai traité. Donc toujours un empilement sur Siril et un traitement sur AstroWizard. Le résultat est juste fou ! Ça fourmille de détails sur cette photo.

