Première incursion du blog dans la constellation de Céphée, avec 450 poses de 30 secondes, soit 3h45 de pose au total : ma deuxième plus longue session après celle sur la Nébuleuse du Pélican. Et pourtant, je dois être honnête, le résultat reste discret comparé à mes autres nébuleuses. Cet objet est vraiment très faible, et je pense avoir buté ici sur une limite de mon petit télescope. Le Seestar S30 Pro ne fait que 30 mm d’ouverture : moins il y a de surface pour collecter la lumière, plus il faut poser longtemps pour arriver au même résultat qu’un instrument plus grand. En cherchant, j’ai trouvé une photo de cette cible posée pendant 13h49, avec des filtres à bande étroite et un télescope bien plus gros que le mien : mes 3h45 en lumière classique sont loin du compte. Autre souci : NGC 7822 est un objet énorme, et sa nébulosité la plus ténue s’étend au-delà de ce que capte mon Seestar. Ce qu’on voit en haut de ma photo n’est qu’un fragment du reste de la nébulosité, coupé net par le cadrage.

Une découverte que Herschel jugeait déjà presque impossible

John Herschel, le fils de William, observe cette nébuleuse le 16 novembre 1829 avec un réflecteur de 18,3 pouces. Sa propre note dit tout : « la partie centrale de ce dont je suis certain est une nébuleuse énormément grande mais extrêmement faible, de forme ronde, bien que je ne puisse en tracer les limites […] on ne peut la voir que dans les meilleures conditions d’air et de ciel. Diamètre 10’ environ. » Ce diamètre de 10 minutes d’arc, c’est seulement la partie centrale, la plus dense : Herschel devinait déjà qu’elle se prolongeait au-delà de ce qu’il arrivait à voir. Deux siècles plus tard, avec un télescope autrement plus modeste et un ciel de banlieue parisienne, je confirme.

Carte du ciel autour de NGC 7822 Carte du ciel autour de NGC 7822
Carte du ciel autour de NGC 7822 (en rouge), dans la constellation de Céphée.

Pour la trouver, direction la constellation de Céphée, au bord de la Voie lactée. Elle se situe dans la partie orientale de Céphée, à la limite de la constellation de Cassiopée : aux deux tiers du chemin entre l’étoile Segin (dans le fameux « W » de Cassiopée) et l’étoile Iota Cephei. L’objet est répertorié dans le New General Catalogue par John Dreyer sous le numéro NGC 7822. Sa partie sud porte par ailleurs son propre nom, Cederblad 214.

Une pouponnière d’étoiles, avec une des plus chaudes du voisinage

Cette région HII se situe à environ 3 000 années-lumière de la Terre. Le cœur catalogué sous le nom NGC 7822 mesure environ 100 minutes d’arc de diamètre, mais Deep Sky Corner situe l’ensemble du complexe, nébulosité la plus ténue comprise, plutôt autour de 3°. C’est cette partie la plus faible que l’on devine tout en haut de ma photo, coupée net par le bord du cadrage. Elle abrite l’amas ouvert Berkeley 59 et, selon Deep Sky Corner, une quarantaine de jeunes étoiles chaudes, de type O et B, âgées d’à peine 5 à 6 millions d’années.

Parmi elles, BD+66 1673 se distingue particulièrement. C’est une binaire à éclipses, aussi appelée V747 Cephei : deux étoiles qui tournent l’une autour de l’autre, et s’éclipsent périodiquement vues depuis la Terre. Son composant principal, de type spectral O5.5V, affiche une température de surface proche de 45 000 K : la plus chaude de tout l’amas Berkeley 59, qui n’a lui-même que 2 millions d’années. Elle brille comme 100 000 Soleils, et compte parmi les étoiles les plus chaudes connues à moins de 1 000 parsecs de nous !

Son rayonnement intense sculpte le gaz environnant et façonne des piliers de poussière, un peu comme dans la Nébuleuse du Pélican.