Après Messier 13 cet été, voici mon deuxième amas globulaire sur le blog : Messier 2, tout en haut de la constellation du Verseau. Photo prise en début de soirée, 154 poses de 30 secondes, pour 1h17 de pose au total. Ce qui me permet d’attendre la nuit noire, l’extinction de l’éclairage public et le coucher de la Lune, pour un autre objet/projet qui va bientôt arriver.

Je vais être honnête : pour un débutant comme moi, un amas globulaire ressemble beaucoup à un autre amas globulaire, une belle tache floue et ronde, saupoudrée d’étoiles. Sauf qu’en creusant un peu son histoire, celui-là cache au moins une découverte qui m’a bluffé, et une autre bien plus récente.

Une comète, deux astronomes et 14 ans d’écart

Pour le trouver, direction tout en haut de la constellation du Verseau, presque à la frontière avec Pégase et les Poissons.

Carte du ciel autour de M 2 Carte du ciel autour de M 2
Carte du ciel autour de M 2 (en rouge), dans la constellation du Verseau.

L’histoire de sa découverte commence par une comète. Le 11 septembre 1746, l’astronome italien Jean-Dominique Maraldi observe le ciel en compagnie de Jacques Cassini pour suivre le passage d’une comète, quand il tombe sur cet amas : quatre jours à peine après avoir découvert M 15 dans Pégase, le voilà qui en trouve un second ! Charles Messier le redécouvre de son côté le 11 septembre 1760, exactement 14 ans jour pour jour après Maraldi (sans le savoir, évidemment, les deux hommes ne comparaient pas leurs observations). Il ne voit alors qu’une nébuleuse sans étoiles, avec un centre bien brillant entouré de nébulosité. Il faudra attendre le 30 juillet 1783 pour que William Herschel résolve enfin les étoiles individuelles et comprenne qu’il s’agit en réalité d’un amas.

Un amas presque aussi ancien que la Voie lactée

Une fois résolu, cet amas (également cataloguée NGC 7089) s’avère être l’un des plus grands amas du catalogue Messier. Il est situé à environ 37 500 années-lumière de la Terre, pour un diamètre réel d’environ 175 années-lumière, et regroupe plus de 150 000 étoiles. Avec une magnitude de 6,5, il reste invisible à l’œil nu, mais se repère assez facilement aux jumelles, à environ 5° au nord de l’étoile Beta Aquarii.

Difficile de lui donner un âge exact, comme souvent avec ces amas très anciens. On lui donne généralement un peu plus de 13 milliards d’années, même si les dernières estimations le précisent plutôt autour de 11,8 milliards d’années. Dans tous les cas, il est à peu près du même âge que les toutes premières étoiles de notre galaxie. On y dénombre par ailleurs au moins 43 étoiles variables, principalement des RR Lyrae.

Une queue de 45° qu’on ne voyait pas il y a encore quelques années

Voici le genre de découverte qui me fascine parce qu’elle est toute récente. En 2022, l’astrophysicien Carl Grillmair a exploité les données du satellite européen Gaia et mis en évidence une immense traînée d’étoiles arrachées à Messier 2 par la gravité de la Voie lactée : une véritable queue de marée d’environ 45° de long et une centaine de parsecs de large, totalement invisible sur une photo classique comme la mienne ! Cet amas, qu’on imaginait tranquillement sur son orbite depuis des milliards d’années, est donc en train de se faire peu à peu grignoter par notre galaxie.

Une galaxie perdue dans le champ

Photo annotée du champ autour de M 2
Champ autour de M 2 après plate solving : IC 1391 identifiée en haut à gauche.

Le plate solving n’a repéré qu’un seul autre objet dans le champ : IC 1391, un petit point discret en haut à gauche de la photo. C’est en réalité une galaxie elliptique bien plus lointaine, aussi cataloguée PGC 67002, située à environ 420 millions d’années-lumière de nous (les différentes méthodes de calcul donnent entre 417 et 443 millions). Je n’ai rien trouvé de plus à en dire, si ce n’est qu’elle n’a évidemment aucun lien avec notre amas : c’est un pur hasard d’alignement, comme souvent avec les objets qui sont en arrière-plan de mes photos.